ING ferme les comptes de ses clients avec perte et fracas, une action collective en vue

ING ferme les comptes de ses clients avec perte et fracas, une action collective en vue

Suite à sa décision de quitter le marché français de la banque en ligne, ING clôture ou transfère, selon les cas, les comptes de ses clients. Pris au dépourvu en plein été, les clients d’ING qui vont de surprises en déboires commencent à s’unir pour une action en justice.

Un million de Français seraient concernés ! Les comptes ouverts auprès d’ING vont devoir être transférés rapidement vers un autre établissement, s’ils n’ont pas déjà été clôturés ou transférés d’office, à la stupéfaction des clients. ING, groupe néerlandais implanté en France depuis le début des années 2000, dans le secteur de la banque en ligne, arrête son activité dans l’Hexagone.

Pour les clients d’ING, c’est le chaos. La plupart d’entre eux ont appris ou vont découvrir qu’ils doivent choisir un nouvel établissement pour accueillir leurs avoirs, en pleine période estivale. Trouver une solution au mois d’août relève de la gageure… Et tout a été orchestré pour transférer le maximum de clients à Boursorama Banque, le repreneur de la clientèle.

ING a effectivement vendu son portefeuille de clients à Boursorama Banque et propose donc, de façon plus ou moins péremptoire, de transférer les comptes actuellement ouverts dans ses livres, vers cette filiale du groupe Société générale. Boursorama banque espère ainsi recueillir la moitié des clients du portefeuille d’ING. « La cible de récupérer 50% des 500 000 clients actifs d’ING (y compris les clients ayant souscrit une assurance vie) semble à la fois ambitieuse mais réaliste au vu de l’offre commerciale et du parcours simplifié proposés », annonçait la Société générale à ses actionnaires dès mai 2022. Tout y est dit : si le client d’ING s’oriente vers Boursorama, tout sera plus simple pour lui, s’il est moins docile, son parcours sera plus corsé. « On a l’impression d’être orientés à coups de baïonnette », s’épanche un client. Quelque 200.000 personnes auraient ainsi d’ores et déjà pris le chemin de Boursorama Banque, chiffre à début juillet 2022.

Il n’y a pourtant aucune obligation et le client est libre de choisir son nouvel établissement en ligne ou auprès d’une agence physique du réseau traditionnel. Du moins, dans la majeure partie des cas. Et que la nouvelle banque soit Boursorama ou une autre, les déboires liés aux transferts de compte sont les mêmes. Qu’on se le dise !

Les comptes courants d’ING bloqués « à la hussarde »

« Fin juillet 2022, mon compte bancaire a été fermé, 2 ou 3 jours après avoir reçu une lettre simple qui m’annonçait la clôture prochaine de mon compte », raconte un client d’ING qui n’a même pas eu le temps de se retourner. Pas de chance, le client en question est Michel Guillaud, président de France Conso Banque, qui a réussi, grâce à la structure de médiation de l’association, à faire rouvrir son compte en quelques jours, le temps de pouvoir faire les démarches requises auprès d’un autre établissement.
Pour le client Lambda, un tel modus operandi signe une catastrophe. Du jour ou lendemain, il perd son compte bancaire et donc ses moyens de paiement. « Les comptes se ferment à la hussarde, alors qu’ING aurait dû envoyer des lettres recommandées pour prévenir de la clôture », explique Michel Guillaud. « La banque néerlandaise a bien, dans certains cas, envoyé une lettre recommandée pour prévenir qu’ING envisageait des fermetures de comptes courants, mais pour la clôture proprement dite, elle est passée par lettre simple “Écopli” », poursuit-il. Du jour au lendemain, les clients, se sont retrouvés nus comme des vers, sans leurs liquidités, sans carte de paiement, sans RIB…
« On estime qu’entre 400.000 et 500.000 personnes détiennent un compte courant chez ING. Pour nombre de d’entre eux, il s’agit de leur compte principal et cela les met dans des situations compliquées », explique France Conso Banque.

Les relevés de compte demeurent disponibles en ligne jusqu’à la fermeture du compte. Pour ceux dont le compte est encore ouvert, il est donc sage de les télécharger, sous peine de les perdre définitivement sous peu. Pour les autres, c’est trop tard.
La bonne nouvelle est que la clôture des comptes ne sera pas facturée, « à l’exception des frais de tenue de compte inactif, conformément au tarif en vigueur », tempère ING.
Les cartes de paiement et chèques devront être détruits et il faudra en décharger ING en lui adressant une attestation de destruction des instruments de paiement. Une fois le compte clôturé, « utiliser ces moyens de paiement sera considéré comme une fraude avec signalement auprès de la Banque de France », prévient la banque.

Attention, en cas de paiement en plusieurs fois souscrits auprès d’un commerçant, l’échéance sera refusée après la clôture du compte. « Le commerçant vous contactera afin de mettre en place une nouvelle carte bancaire pour finaliser ce paiement », annonce lapidairement ING. Que le client se débrouille…

Des pertes d’intérêts sur les livrets d’épargne ING

Les livrets A, LDDS (Livret de développement durable et solidaire) et Livret d’épargne orange ont été ou seront clôturés. L’argent disponible est alors crédité sur le nouveau compte ouvert à la concurrence par le client.

Le problème est qu’ING est « débordé » par le nombre de dossiers à traiter. Or, une banque ne peut ouvrir un livret d’épargne réglementé (Livret A, LDDS) que si le client n’en possède pas déjà un. Elle est d’ailleurs tenue d’interroger le Ficoba pour savoir si un livret est déjà ouvert dans un autre établissement et ce, avant toute ouverture du placement. Résultat : les clients d’ING ne peuvent pas ouvrir un nouveau livret d’épargne réglementé tant que le nouvel établissement n’en reçoit pas le feu vert. « On peine à respecter les délais imposés par ING », observe Clément Vernhes directeur de l’agence BNP Paribas Foch Maillot à Paris, qui commence à voir affluer les ex-clients d’ING.

Pour les épargnants la fermeture de leur livret signe la perte des intérêts qui auraient dû être générés entre la fermeture du compte par ING et l’ouverture du nouveau. « Ils peuvent nous contacter afin de rejoindre l’action collective que nous allons lancer. L’objectif est que chaque épargnant soit indemnisé, a minima des intérêts qu’il n’a pas perçus », explique Michel Guillaud.

Des compte-titres et PEA neutralisés par ING pour un temps indéterminé

« En l’absence de demande de transfert ou de clôture du compte titres ou du PEA, ING « se réserve le droit d’enclencher la clôture de votre (vos) compte(s) dès août 2022 et de vendre vos titres conformément à nos conditions générales », prévient ING (sic).
La sentence est rude et peine à être acceptée, d’autant qu’ING a alerté ses clients, en pleine période estivale. Certains ont commencé à recevoir des e-mails d’alerte mi-juillet 2022, d’autres ont fini par recevoir mi-août une lettre recommandée indiquant que la clôture aura lieu en octobre 2022. Deux petits mois pour se retourner… Entre les clients non informés à date et ceux pour lesquels l’e-mail d’ING est arrivé dans les spams, des litiges se dessinent en perspective.

Pour un compte titres comme pour un PEA (Plan d’épargne en actions), une clôture intempestive de la part d’ING pourrait se traduire par des moins-values. Pour les plans d’épargne en actions, il faut aussi considérer que les avantages fiscaux liés au placement seront tout bonnement perdus. Ajoutons que le tableau se noircit un peu plus si l’on considère qu’un transfert de titres prend du temps. Or, pendant ce laps de temps, l’épargnant ne peut ni vendre, ni acheter… Ce qui est très fâcheux et donnera lieu à des préjudices financiers et ce, même si le transfert des titres se fait sans frais, que les titres des portefeuilles conservent leur prix d’achat unitaire et que la date d’ouverture et des avantages fiscaux du PEA sont maintenus.

Si le compte titres ou le PEA a été fermé par ING, faute d’avoir agi dans le temps imparti, il ne reste plus qu’à s’adresser à la banque en ligne pour récupérer l’argent, en lui adressant un RIB (Relevé d’identité bancaire) d’un compte actif à ING – Service opérations, 40 avenue des Terroirs de France, 75616 Paris cedex 12.

« La facture sera présentée à ING, on chiffrera les préjudices pour chaque personne qui rejoindra le collectif contre ING », assure Michel Guillaud.

Des assurances vie transférées d’office chez Boursorama

Que celui qui a ouvert une assurance vie auprès d’ING le veuille ou non, son contrat se retrouve d’office chez Boursorama banque ! Quelque 5 milliards d’euros d’encours ont été ainsi été transférés automatiquement.

Pour les assurances vie « ING Direct Vie », ING n’était que courtier de contrats gérés par Generali Vie. Courant juillet 2022, la gestion de ces contrats a ainsi été transférée derechef chez Boursorama Banque. Des identifiants ont été envoyés à ces « nouveaux clients » afin qu’ils puissent se connecter sur le site web de Boursorama Banque, celui d’ING n’étant plus accessible. La surprise est de taille pour le retour des vacances des épargnants qui devront se rasséréner sur cette base : « les investissements, l’antériorité fiscale, les conditions générales et les bénéficiaires désignés demeurent ».

Pour les mécontents, une solution pourrait consister à contacter Generali afin de connaître les banques avec lesquelles l’assureur travaille, pour choisir son courtier dans ce panel. France Conso Banque a d’ores et déjà pris attache avec Generali à cette fin, d’autant que certains de ses adhérents se plaignent du questionnaire extrêmement intrusif sur leurs revenus et leur vie de famille, auquel ils ont dû répondre avant de pouvoir « rentrer » dans leur espace personnel chez Boursorama.

Des crédits immobiliers qui perdurent, hors de France

Faute d’avoir trouvé un repreneur pour son activité « crédits immobiliers », ING les conserve.

Les mensualités seront prélevées, aux dates habituelles, sur le compte courant qui devra être indiqué à la banque néerlandaise. Pour ce faire, il faut adresser, « dans une enveloppe non affranchie » (sic) à ING – Crédit Immobilier / Gestion, Libre réponse 70678, 75567 Paris Cedex 12, le formulaire reçu après l’avoir complété en y joignant le RIB du compte sur lequel les prélèvements seront faits. Pour garder une trace de l’envoi, il est vivement conseillé d’y préférer un envoi par lettre recommandée avec avis de réception. D’autant que dans l’éventualité où ING ne recevrait pas ces documents, les mensualités impayées généreront des pénalités et qu’une inscription au fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers est encourue.

Pour la gestion quotidienne du crédit, « des experts dédiés continueront à vous accompagner dans la gestion de votre crédit par mail, téléphone et courrier », assure ING à ses derniers clients.

Des prêts personnels à rembourser, si possible

Comme pour les crédits immobiliers, ING poursuit la gestion des prêts personnels, dans les mêmes conditions. Pour le paiement des futures mensualités, il faut renvoyer à ING le formulaire dédié en y joignant un mandat de prélèvement SEPA ainsi que le RIB du nouveau compte sur lequel les prélèvements seront faits. Ces documents sont à renvoyer, toujours sous « enveloppe non affranchie », à ING – Service Prêt personnel, Libre réponse 70678, 75567 Paris cedex12.

Là encore, il est préférable de procéder à un envoi par lettre recommandée avec avis de réception afin de conserver une trace de la démarche puisqu’une fois le compte courant clôturé par ING, des mensualités seront impayées, des pénalités seront facturées et une inscription au fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers est encourue.

Le choix du remboursement anticipé peut être la bonne occasion de rompre définitivement ses liens avec ING, d’autant qu’il est possible d’y procéder sans pénalités.

Une procédure collective contre ING, à moindre frais

Les clients d’ING qui s’estiment lésés peuvent rejoindre l’action collective qui sera prochainement lancée par France conso Banque. Le coût de l’adhésion annuelle à l’association de 90 € inclut conseils, procédures et médiations car souvent les problèmes se règlent en un coup de fil de l’association. Ceux qui souhaitent uniquement rejoindre l’action collective contre ING, n’auront que 45 € à débourser.

Et pendant que les clients d’ING se débattent dans les démarches rendues nécessaires par l’arrêt de l’activité de banque en ligne en France, UBS recommande d’acheter des titres ING avec un objectif de cours de 14,7 €, signant ainsi un potentiel de progression de 56 % de l’action. « ING bénéficie d’une valorisation attrayante avec un risque de bilan relativement faible », est-il estimé.

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