France – Espagne : une rivalité à part

France - Espagne : une rivalité à part

Ce dimanche soir, les « meilleurs ennemis » du basket européen se retrouvent en finale de l’EuroBasket, pour écrire un nouveau chapitre de leur rivalité iconique. Depuis 2005, la France et l’Espagne se sont ainsi affrontées à 19 reprises, pour quatre petites victoires des Bleus, contre quinze victoires de la Roja.

En grande compétition, ce bilan est un peu plus équilibré, puisqu’il passe à quatre victoires —toujours— pour les Français, contre « seulement » sept victoires pour les Espagnols. Mais, au-delà des statistiques, c’est la dramaturgie née de ces différentes rencontres qui leur donne une saveur toute particulière.

À l’approche de cet énième France/Espagne, l’occasion est donc belle de revenir sur ce qui a fait que ces duels ne seront plus jamais des matchs comme les autres…

Euro 2005 : la première médaille de la génération Parker

Quand on évoque la campagne européenne des Bleus en 2005, la première chose à laquelle on pense, c’est ce match crève-coeur perdu en demi-finale, contre la Grèce de la grande époque (future championne d’Europe). Une rencontre que la France tenait pourtant dans le creux de sa main mais, au lieu de disputer un match pour la médaille d’or, elle devra finalement se contenter d’un match pour la médaille de bronze…

Néanmoins, pour leur première compétition ensemble, la bande de Tony Parker, Boris Diaw, Florent Piétrus et Mickaël Gelabale va trouver les ressources nécessaires pour se remobiliser, face à une équipe d’Espagne certes favorite, mais incapable de digérer la défaite subie contre l’Allemagne de Dirk Nowitzki, en demi-finale.

Le score final est d’ailleurs sans appel : 98-68 en faveur des hommes de Claude Bergeaud ! Avec notamment 25 points, 5 passes et 3 interceptions de Tony Parker, mais également 23 points et 5 rebonds de Mickaël Piétrus, pour répondre aux 17 points de Juan Carlos Navarro.

Présent dans l’effectif à Belgrade, Fred Weis s’est souvenu pour nous de ce joli sursaut d’orgueil…

« C’était l’une des premières fois où, après une défaite, on a su se ressaisir lors du match suivant. On en met 30 aux Espagnols, c’était une très belle équipe. Pour une fois, on a fait abstraction de la défaite. Mais on était déçus, c’est évident. Franchement, c’était dur mais, dans le vestiaire, tout le monde s’est parlé. On est parvenus à garder cet esprit d’équipe. C’est important car, si tu y arrives, tu parviens à rebondir. »

Euro 2009 : les bons comptes ne font pas les bons amis…

Hormis une défaite en match amical à Alicante, en 2007, les routes françaises et espagnoles ne s’étaient plus croisées jusqu’à l’EuroBasket de 2009, en Pologne. Sur la scène internationale, désormais coachés par un certain Vincent Collet, les Bleus sortent d’une longue traversée du désert et ils souhaitent se racheter pendant ce championnat d’Europe.

Lors des phases de poules, la France et la Grèce vont pourtant se livrer un faux match. En effet, l’équipe gagnante devait affronter l’Espagne, qui avait certes réalisé un mauvais début de compétition, mais que personne n’avait vraiment envie de croiser. Dans ce duel où le perdant était en réalité le vrai « gagnant », les Grecs avaient réussi à s’incliner pour éviter les Espagnols.

Laissant du même coup les Français se faire éliminer sèchement (86-66) lors des quarts de finale. Intenable à l’intérieur, Pau Gasol a compilé 28 points, 9 rebonds et 3 contres, pendant que Rudy Fernandez (16 points, 5 rebonds, 6 interceptions), Juan Carlos Navarro (11 points) et consorts ont également fait des misères aux troupes de Tony Parker, Boris Diaw, Nando De Colo et Ronny Turiaf.

Pour ce qui était sa première compétition internationale, Nicolas Batum avouera d’ailleurs que la rivalité avec la Roja de Sergio Scariolo (déjà) a commencé à cet instant, en Pologne…

Mondial 2010 : sans Tony Parker, les Bleus domptent la Roja

Lors de la Coupe du Monde 2010, la France et l’Espagne se retrouvent dans le même groupe. Un hasard qui va donner lieu à une rencontre sans véritable enjeu, entre deux équipes aux objectifs bien différents. En effet, les Bleus sont venus en Turquie avec une équipe expérimentale, autrement dit sans Tony Parker, alors que la Roja joue pour défendre son titre mondial, glané quatre ans auparavant.

Emmenés par les surprenants Andrew Albicy (13 points) et Mickaël Gelabale (16 points, 6 rebonds), épaulés par Nicolas Batum (14 points) et Alain Koffi (11 points), les joueurs de Vincent Collet réalisent l’exploit de battre ceux de Sergio Scariolo (72-66), un an à peine après le coup de bambou polonais.

À noter que, dans les rangs espagnols, Juan Carlos Navarro (17 points) et Rudy Fernandez (13 points), entourés par Ricky Rubio et Marc Gasol, étaient en charge de porter les espoirs de tout le pays, en l’absence de Pau Gasol, désireux de se reposer après son sacre avec les Lakers.

Finalement, la route de la France s’arrêtera dès les huitièmes de finale face à la Turquie, le pays hôte, battue par les États-Unis de Kevin Durant en finale. L’Espagne, éliminée par la Serbie dès les quarts de finale, terminera quant à elle 6e du tournoi.

Euro 2011 : l’Espagne intouchable à deux reprises

L’EuroBasket de 2011 est capital pour la France : si elle veut disputer les Jeux olympiques de Londres un an plus tard, elle doit atteindre la finale du tournoi. Par conséquent, Vincent Collet sort l’artillerie lourde en Lituanie : Tony Parker, Boris Diaw, Nicolas Batum et même Joakim Noah sont de la partie !

Dès le deuxième tour, les Bleus retrouvent l’Espagne dans un match anecdotique, mais cette rencontre montre déjà la supériorité individuelle et collective de la Roja, qui inflige un +27 aux Français (96-69). En dehors de ce large revers, la France réalise une compétition de rêve : elle élimine la Grèce puis la Russie en phase finale, pour rallier la finale et valider surtout son billet pour les J.O. londoniens. Ses premiers depuis 2000 !

Sur leur petit nuage, les Tricolores vont presque en oublier de jouer ce duel face aux Espagnols, de toute manière supérieurs (98-85). Portés par leur MVP Juan Carlos Navarro (27 points, 5 passes), mais aussi Pau Gasol (17 points, 10 rebonds), José Calderon (17 points, 4 interceptions), Rudy Fernandez (14 points), Marc Gasol (11 points, 6 rebonds) et Serge Ibaka (5 contres), les hommes de Sergio Scariolo triomphent logiquement à Kaunas.

De ce match, on retiendra également l’énorme faute de Rudy Fernandez sur Tony Parker (26 points, 5 rebonds, 5 passes), en fin de deuxième quart-temps. Preuve que la rivalité franco-espagnole n’en était qu’à ses prémices…

J.O. 2012 : la pire des défaites…

Qualifiées pour les Jeux olympiques de Londres, les deux équipes se retrouvent une nouvelle fois au stade des quarts de finale. Scénario incroyable, tension palpable : c’est la première fois depuis des années que la France fait jeu égal avec la grande Espagne.

Devant pendant toute la rencontre, les coéquipiers de Tony Parker (15 points, 6 rebonds) et Boris Diaw (15 points, 8 rebonds, 5 passes) vont cependant craquer sur la fin. Plus maligne, la Roja des frères Gasol, Marc (14 points, 8 rebonds) et Pau (10 points, 11 rebonds), empoche ainsi une nouvelle victoire contre son rival tricolore (66-59).

Symbole de toute la frustration accumulée par les Français, Nicolas Batum va passer ses nerfs sur Juan Carlos Navarro (12 points, 6 rebonds), avant de se fritter avec un José Calderon souriant d’insolence et de condescendance…

« Oui, c’est plus dur [de perdre contre l’Espagne que contre une autre équipe] », regrettait justement l’ailier des Bleus. « L’an dernier, en finale de l’Euro, ils nous ont sévèrement battus. Aujourd’hui, ils ne nous ont pas battus, on leur a donné le match. C’est pour ça que je suis énervé. »

Euro 2013 : sublime revanche

La France a pris rendez-vous. Les derniers Jeux olympiques ont prouvé qu’elle pouvait rivaliser avec l’Espagne, les yeux dans les yeux. C’est en Slovénie, hôte de l’EuroBasket 2013, que doit avoir lieu la prochaine bataille. En toute logique, les deux équipes se retrouvent lors des demi-finales.

Pourtant, même contre une formation privée de Pau Gasol, les Bleus sont malmenés à la pause, puisqu’ils perdent de 14 points (34-20). C’est le moment que choisit Tony Parker pour galvaniser ses troupes, avec un discours légendaire…

Sous l’impulsion de son éternel leader, héroïque (32 points, 6 rebonds), l’Équipe de France va entamer une incroyable remontée, pour envoyer la Roja —qui se voyait déjà en finale— en prolongation. Sonnés, les coéquipiers de Marc Gasol (19 points, 9 rebonds, 3 contres) et Rudy Fernandez (17 points) ne vont pas tenir la cadence dans cette période supplémentaire et, grâce à un Antoine Diot de gala (10 points), les hommes de Vincent Collet réalisent l’un des plus beaux exploits du basket français.

Victoire 75-72 et direction la finale, qui débouchera sur un premier titre de champion d’Europe, acquis à Ljubljana, face à la Lituanie. Car, cette année-là, rien ne pouvait arriver aux Tricolores…

Mondial 2014 : l’exploit en terres espagnoles

Désormais auréolés d’un titre européen, les Bleus arrivent emplis de confiance en Espagne, pour disputer la Coupe du Monde 2014. Malgré l’absence de Tony Parker, tout juste sacré champion NBA, l’équipe tourne à plein régime, avec sa nouvelle génération 1992 : Rudy Gobert, Evan Fournier et Joffrey Lauvergne.

Mais, lors des quarts de finale, la France doit affronter une armada espagnole en mission sur ses terres et au grand complet : Pau Gasol, Marc Gasol, Serge Ibaka, Rudy Fernandez, Ricky Rubio, Juan Carlos Navarro, Sergio Rodriguez, José Calderon et Sergio Llull ! La même armada qui les a corrigés en phase de poules (88-64), une semaine plus tôt…

Dans une arène survoltée, ce sont pourtant les Français qui font cette fois-ci la course en tête, face à des Ibères crispés par l’enjeu. Si le héros s’appelait Antoine Diot à Kaunas, en 2013, il se nommera Thomas Heurtel (13 points) à Madrid, en 2014. Aux commentaires, notre confrère David Cozette criera carrément un : « Donne-moi ton short ! », avant que « Mister » George Eddy ne lui demande de se calmer ! Inoubliable…

Inarrêtable dans les dernières minutes, et bien épaulé par Boris Diaw (15 points, 5 rebonds) et un Rudy Gobert qui se révèle aux yeux du monde (5 points, 13 rebonds), Thomas Heurtel assoit définitivement l’avance des Bleus, pour valider cet énorme exploit : battre l’Espagne et son casting étoilé, chez elle, dans un championnat du monde !

Une performance qui sera finalement suivie d’une médaille de bronze, contre la Lituanie, après une défaite face à la Serbie en demi-finale. Et qui restera la première médaille de la France dans un Mondial…

Euro 2015 : Pau Gasol, le bourreau de Villeneuve-d’Ascq

Un an après l’Espagne, avec la Coupe du Monde 2014, c’est au tour de la France d’organiser une grande compétition, avec l’Euro 2015. Pour l’occasion, Tony Parker et Nando De Colo sont de retour dans l’effectif, alors que Nicolas Batum, Boris Diaw, Rudy Gobert et Evan Fournier sont encore là. Ajoutez-y Joffrey Lauvergne, Florent Piétrus, Mickaël Gelabale ou Charles Kahudi, et vous obtenez-là une équipe qui, à domicile, est favorite pour le doublé.

Invaincus en phase de poules, puis victorieux de la Turquie et de la Lettonie, les Bleus atteignent les demi-finales sans trembler. Face à eux : l’Espagne, bien sûr. Revancharde après sa terrible désillusion de 2014, elle entend évidemment rendre la pareille à son rival français, pour panser cette plaie béante.

Et celui qui s’en assurera, c’est le diabolique Pau Gasol : 40 points, 11 rebonds et 3 contres ! Injouable depuis des années dans le basket FIBA, l’intérieur All-Star martyrise chacun de ses défenseurs, Rudy Gobert le premier. Épaulé par Sergio Rodriguez (15 points), il brille de mille feux et permet aux siens de remonter un retard de 9 points dans le dernier acte, pour arracher une prolongation.

Finalement, au bout du suspense (80-75), l’Ibère climatisera les quelque 27 000 spectateurs du Stade Pierre-Mauroy de Lille, ou plutôt de Villeneuve-d’Ascq, dans ce qui reste l’un des chapitres les plus douloureux du basket français…

J.O. 2016 : retraite amère pour Tony Parker…

Lors de la Coupe du Monde 2006, en football, l’Espagne échouait à envoyer à la retraite Zinédine Zidane, considéré par beaucoup comme le meilleur footballeur français de l’histoire. Finalement, dix ans plus tard, elle se consolera en envoyant à la retraite Tony Parker, considéré par beaucoup comme le meilleur basketteur français de l’histoire. Pas complètement cependant, car il ne s’agissait-là que d’une retraite internationale.

Quatre ans après s’être croisés lors des quarts de finale des Jeux olympiques de Londres, Français et Espagnols se retrouvent ainsi pour en découdre, lors des Jeux olympiques de Rio. Pour le jubilé de « TP », Florent Piétrus et Mickaël Gelabale, Nicolas Batum, Boris Diaw, Rudy Gobert, Nando De Colo, Joffrey Lauvergne, Thomas Heurtel, Antoine Diot ou encore Charles Kahudi sont de la partie (mais pas Evan Fournier). Au même titre que Pau Gasol, Rudy Fernandez, Ricky Rubio, Juan Carlos Navarro, Sergio Rodriguez, Sergio Llull ou encore José Calderon dans le camp adverse…

Finalement, cette rencontre au sommet entre deux géants du basket européen n’en portera le nom, car la Roja va marcher sur la France du début à la fin (92-67). Pour une fois, ce sont d’ailleurs les jeunes Nikola Mirotic (23 points, 5 rebonds) et Willy Hernangomez (16 points, 5 rebonds) qui en profiteront pour se distinguer et permettre à leurs aînés de se reposer avant la demi-finale —perdue— face à Team USA.

La carrière internationale de Tony Parker (14 points) s’achève donc sur une (large) défaite face à son rival de toujours. Comme trop souvent, malheureusement…

Euro 2022 : la génération 1992 enfin au sommet ?

Vous l’aurez compris, il a fallu attendre six ans avant de revoir la France et l’Espagne se défier dans une grande compétition. Entre 2016 et 2022, on ne recense effectivement que deux petits matchs amicaux entre les deux pays, gagnés par la Roja en préparation des Jeux olympiques 2021.

Ce dimanche, les Bleus partiront favoris face à leur voisin ibère, compte tenu de leur statut de vice-champions olympiques et de la présence du duo Rudy Gobert — Evan Fournier. Un duo issu de la même génération (1992) et qui s’imaginerait bien enfin triompher avec sa sélection, après avoir glané de l’argent ou du bronze, mais jamais d’or, depuis 2014.

Après un parcours laborieux, les Français ont une occasion rêvée de décrocher le deuxième titre international de leur histoire, après celui d’il y a neuf ans, à l’Euro 2013. Gare cependant à ne pas se faire surprendre par le collectif de Sergio Scariolo, désormais emmené par Willy Hernangomez et Lorenzo Brown, pour ne citer qu’eux…

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